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Education et médias sociaux - Pierre Lévy Blog

https://pierrelevyblog.com/2016/10/27/education-et-medias-sociaux/

 

   En réfléchissant sur ma pratique d’enseignant depuis une dizaine d’années, je réalise qu’elle repose sur un modèle de l’apprentissage collaboratif à trois phases : 1) une pratique commune, 2) un dialogue sur cette pratique, 3) une réflexion collective émergeant du dialogue et qui vient enrichir la pratique en retour.  Dans mon cas, la pratique commune est fort simple puisqu’il s’agit de la prise de notes. Comme cette pratique est enregistrée et partagée en temps réel, elle implique immédiatement une activité collaborative et pose les bases du dialogue et de la réflexion ultérieure. Le dialogue, ou plutôt le multilogue, a lieu sur un mode transversal entre tous les membres de la communauté d’apprentissage et non seulement entre le professeur et les étudiants. Aussi bien les élèves que l’enseignant peuvent poser des questions et y répondre. Qui a besoin de conseils ou d’encouragements ? Comment reformuler telle telle ou telle notion ? Tel exemple est-il pertinent ? De nouvelles ressources ou références peuvent-elles faciliter la compréhension des élèves ? Une simple image trouvée sur Internet par un étudiant fait parfois la différence. Enfin, la réflexion s’appuie sur une relecture de la mémoire enregistrée de la classe. A la fin du semestre, les étudiants sont suffisamment familiers avec le sujet du cours pour créer un ou plusieurs documents multimédia où sont mis en oeuvre les compétences, connaissances et réflexions personnelles qui ont émergé du dialogue et de l’expérience gagnées par la fréquentation de la classe.

RESSOURCES COMPLEMENTAIRES:

Sur les chemins du virtuel - La Découverte, Paris, 1995
La virtualisation de l'intelligence et la constitution du sujet

P. Lévy  Cyberculture - Rapport au Conseil de l'Europe 

P. Lévy  La sphère sémantique 1 : Computation, cognition, économie de l’info...

CONFÉRENCES de Pierre Lévy  -  Canal Youtube

 Pierre Lévy et l' intelligence collective

Voir aussi:

Théories Internet Education 

http://flenet.unileon.es/theor1.htm

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Commentaire de Zoé Brustel le 21 novembre 2016 à 16:55

CONTENT OF THE BOOK - On line

1. General Introduction.

Part 1. A Philosophy of Information

2. The Nature of Information.
3. The Symbolic Cognition.
4. The Creative Conversation.
5. Toward a Mutation of Humanities and Social Sciences.
6. Information Economy.

Part 2. Cognition Modeling
7. Introduction to a Scientific Understanding of the Mind.
8. Computer Perspective: Towards a Reflexive Intelligence.
9. Overview of the Semantic Sphere IEML.
10. The Metalanguage IEML
11. The Semantic Machine IEML.
12. The Hypercortex.
13. A Hermeneutic Memory.
14. Humanistic Perspective: Towards Explicit Knowledge.
15. Observe the Collective Intelligence.

THE SEMANTIC SPHERE 1

Computation, Cognition and the Information Economy.

(Translated By Phyllis Aronoff and Howard Scott)

New advances in digital media offer unprecedented memory capacities, an omnipresent channel of communication, and ever-growing computational power. We must ask ourselves how we can exploit this medium in order to augment our own social cognitive processes for human development. Through a combination of a profound knowledge of humanities and social sciences, and an understanding of computer sciences, Pierre Lévy proposes a collaborative construction of a global hyper-cortex, coordinated by a computable metalanguage. By fully recognizing the symbolic and social nature of human cognition, we could transform our current, opaque, global brain into a reflexive collective intelligence.

Written Interview in english: http://mastersofmedia.hum.uva.nl/2011/11/01/collective-intelligence...

Video interview in english, sub-titled in portugese, about collective intelligence and the semantic sphere: http://bit.ly/vwTUgi

Review in english, by Yair Neuman: Technology becoming an Hypercortex

Written interview in english and spanish

More information here

Commentaire de Aisha le 20 novembre 2016 à 21:09

Conférences Pierre Lévy  - Canal Youtube
https://www.youtube.com/watch?v=JdLC-FF_N8k&list=PLhEHRJHIyiwJM...

VIDEO - Pierre Lévy, E os próximos 50 anos? XIV FIA 2015 

https://www.youtube.com/watch?v=JdLC-FF_N8k&list=PLhEHRJHIyiwJM...

VIDÉO - Pierre Lévy, Intelligence collective et algorithmes - Educavox

https://www.youtube.com/watch?v=4yt-ygenP0E

VIDEO - Inteligencia Colectiva para Educadores -  Organización de Estados Iberoamericanos OEI
https://www.youtube.com/watch?v=OiQ6MtHM4eM

VIDÉO - Pierre Lévy, Veinte años de inteligencia colectiva - en Fundación OSDE https://www.youtube.com/watch?v=doHw-o9My6U

Commentaire de Crale le 24 mars 2014 à 19:35

Pierre Lévy, l'intelligence collective -  Ecoutez
Emission Place de la toile - France Culture

Cela fait approximativement 5 ans que j'ai contacté Pierre Lévy (page Wikipédia, blog, @plevy sur Twitter) pour la première fois en lui demandant quand il passerait par chez nous. Je pensais que cela prendrait quelques mois, il aura fallu 5 ans. Ce qui m’intéressait alors, et qui m’intéresse toujours, c’est qu'il est un pionnier de la réflexion philosophique sur Internet. En particulier dans la sphère francophone. Dès le début des années 90, il a pris Internet au sérieux et l'a interrogé avec les armes de la philosophie. Ce qui l'a guidé à l’époque, et continue à le guider, c’est la notion d’intelligence collective. Intelligence collective comme phénomène à l’œuvre dans les réseaux, mais aussi comme possible à construire, avec des outils théoriques aussi bien que logiciels.

Tout cela Pierre Lévy l'a développé dans de nombreux ouvrages depuis L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace (paru en 1994), jusqu’au premier tome de La Sphère sémantique, paru il y a deux ans. En passant par Cyberdémocratie, paru en 2002.

Nous allons parler de tout cela, mais j’ai aussi envie d’avoir son regard sur l’évolution d’Internet, regard rétrospectif sur l’évolution d’Internet depuis ces années 90, mais aussi regard prospectif. Car Pierre Lévy n'a jamais hésité à s'avancer sur le terrain de l’anticipation. Profitons-en.

PLACE DE LA TOILE -  FRANCE CULTURE

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pierre-levy-...

Commentaire de Zhying le 13 octobre 2011 à 14:14

L’intelligence possible du XXIème siècle

La numérisation des documents, leur interconnexion dans un espace virtuel ubiquitaire et les possibilité de traitement de ces documents par des robots logiciels annoncent une mutation culturelle de grande ampleur, qui se déroulera forcément sur plusieurs générations. Plutôt que d’assister de l’extérieur à cette mutation, les intellectuels doivent à mon sens en prendre la tête. En effet, l’informatique, qu’on peut définir simplement comme l’art et la science de la construction d’automates manipulateurs de symboles, se trouve encore dans sa préhistoire au début du XXI° siècle. La communauté des chercheurs en sciences humaines, quelque soit la diversité de ses disciplines et de ses racines culturelles, peut faire bénéficier l’informatique naissante de sa compréhension des processus symboliques et de ses traditions multiséculaires de réflexion sur le sens et sa complexité. Elle contribuerait ainsi à la naissance d’une informatique sémantique au service d’une nouvelle intelligence possible, capable non seulement d’automatiser les opérations arithmétiques et logiques mais également (moyennant codage) l’éventail indéfiniment ouvert des procédures herméneutiques qui permettent de donner sens à la mémoire collective.

Le texte complet en format PDF

http://www.ieml.org/IMG/pdf/L_intelligence-possible.pdf

Commentaire de Ashley le 30 novembre 2009 à 21:06
Twitter comme cerveau global.
Imaginez un utilisateur de Twitter comme une neurone. C'est pareil à une synapse avec chacun de ses abonnés. Quand il envoie un tweet, c'est comme une neurone en train de s'activer. Les abonnés qui reçoivent le tweet décident si propager l'activité en renvoyant le message, d' une certaine
façon en décidant si ils devraient aussi s'activer en réponse au tweet.

Twitter and the Global Brain.
Imagine a twitter user as a neuron. He/she makes the equivalent of a synapse with each of his/her followers. When a twitter user sends out a tweet, it is the equivalent of a neuron firing. Followers who receive the tweet decide whether to propagate the activity by retweeting the message, in a sense by deciding whether they too should fire in response to the tweet.
(Dean Pomerleau 2009 - http://bit.ly/7lt5l7)


Une intelligence collective est-elle en train de naître ?

Source: Twitter and the Global Brain
© 2009 Dean Pomerleau
http://bit.ly/7lt5l7

The prevailing model for many years of how synapses between neurons in the brain are altered during learning has been Hebbian learning, which can be summarized as "neurons that fire together, wire together". In other words, in two neurons fire at the same time, the connection(s) between them will strengthened.


But recent evidence in neuroscience shows the truth is actually an interested twist on this idea - a twist that could have important implications as a model of how global consciousness could emerge from real-time social media like Twitter.

In reality, synapses are modified according to a rule called Spike Time Dependent Plasticity (STDP). In a nutshell, STDP says that if two neurons fire (= spike) in rapid succession, the connection from the one that fires first to the one that fires second will be strengthened.

In other words, if neuron A reliably fires shortly before neuron B, the connection from A to B will get stronger, so that next time when neuron A fires, neuron B will be more likely to fire too. And the opposite holds as well. In this example, since the firing of neuron B lags behind neuron A, the strength of the connection in that direction (from B to A), will be weakened. You could think of it as the neural equivalent of the old saying 'the early bird catches the worm' - a neuron that fires first gains increasing influence on its downstream neighbors.

STDP is a simple idea, but it has been shown to be a surprisingly powerful way that the brain uses for rapid pattern recognition and classification [1][2]. It turns out that using STDP, neurons naturally learn to specialize in detecting certain patterns in their inputs, even in the presence of lots of noise.

So what in the world does this have to do with social networks? There is an intriguing analogy between networks of neurons operating by the STDP rule and the emerging structure and functioning of real-time social networks like Twitter.

Imagine a twitter user as a neuron. He/she makes the equivalent of a synapse with each of his/her followers. When a twitter user sends out a tweet, it is the equivalent of a neuron firing. Followers who receive the tweet decide whether to propagate the activity by retweeting the message, in a sense by deciding whether they too should fire in response to the tweet.

It isn't happening exactly this way yet, but STDP would enter the picture in the following way. Suppose Bill is a follower of an influential person on Twitter like Guy Kawasaki and Bill decides one of Guy's tweets is interesting enough to retweet. This is a clear indication that Bill finds Guy's tweets interesting and valuable. Based on this 'vote of confidence' for Guy's tweets, a yet-to-be-implemented mechanism could automatically increase the weight that Guy's tweets are given for Bill, making Guy's tweets more likely to show up high on Bill's Twitter 'dashboard'.

But what if Guy wasn't the first to tweet the news that Bill found so interesting? The same automated mechanism could suggest to Bill that instead of (or in addition to) following Guy, Bill might like to follow another sharp Twitter personality (perhaps Nova Spivack) who beat Guy to the punch by being the first to post the content Bill found interesting.

In this way, users could be automatically steered towards following folks who are the first to post content that will interest them - towards those who are considered the 'thought leaders' you might say. And content creators who work hard to be the first to find and tweet interesting content will be rewarded automatically with a growing list of followers, and eventually with monetary reward if/when Scobleizer 'attention economy', or some other way to monetize eyeballs, emerges on Twitter.

As an added benefit, the tweets Bill receives could be automatically sorted based on how interesting they are likely to be for him. As a simple example, imagine that several of the people Bill follows and has demonstrated an affinity for in the past (by retweeting their posts) tweet about the same story. This convergence of matching input from sources that Bill weights highly suggests that Bill will find this to be very interesting content, so it should be automatically bubbled to the top of Bill's prioritized list of tweets to read.

In this model, content generators on Twitter will compete to be the first to create good content or break important news, just as neurons in the brain compete via the STDP update rule to be the first to detect patterns in their input and shout out about it by spiking. In both systems, 'the early bird catches the worm'.

Eventually, tools may even emerge that automatically retweet messages based on a user's previously expressed preferences, to alert his followers of content he, and therefore they, will likely consider interesting. At that point, the virtual neurons formed by the combination of people and their automated agents on Twitter will be influencing each other and firing automatically based on the inputs they receive. On a macro scale, this will represent the equivalent of thoughts emerging in the Global Brain, in the form of rapid, coordinated firing of millions of these virtual neurons. These thoughts will propagate and potentially trigger other thoughts in the network. This massive semi-autonomous reverberation in the twittersphere could signal the emergence of a true global consciousness.

[1] Masquelier T, Guyonneau R, Thorpe SJ. Spike timing dependent plasticity finds the start of repeating patterns in continuous spike trains. PloS one. 2008;3(1):e1377. Available at: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18167538.
[2] 1. Masquelier T, Hugues E, Deco G, Thorpe SJ. Oscillations, Phase-of-Firing Coding, and Spike Timing-Dependent Plasticity: An Efficient Learning Scheme. Journal of Neuroscience. 2009;29(43):13484-13493. Available at: http://www.jneurosci.org/cgi/doi/10.1523/JNEUROSCI.2207-09.2009
Commentaire de Monica le 21 novembre 2009 à 19:40
Le Monde Diplomatique - Archives 1995
http://www.monde-diplomatique.fr/1995/10/LEVY/1857

CYBERESPACE ET DÉMOCRATIE

Pour l’intelligence collective

FACE à l’irruption des nouvelles technologies de la communic ation et de l’information, certains penseurs mettent en garde contre les dérives et les dangers que cela suppose pour la démocratie. D’autres, comme l’auteur de l’article ci-dessous, y voient, au contraire, l’occasion d’un nouvel élan pour la participation civique des citoyens. Sa thèse, en particulier, de « l’intelligence collective » est séduisante qui annonce, grâce aux performances du multimédia, une nouvelle étape du projet républicain garantissant « l’accès de tous au savoir ».

L’intelligence collective est le projet d’une intelligence variée, partout distribuée, toujours valorisée et mise en synergie en temps réel. A quelle situation répond ce projet ? Au regard d’une économie globale de l’humain, le chômage, l’exclusion, l’enfermement des activités salariées dans de trop étroites limites, l’absence de participation des citoyens aux décisions qui les concernent, ainsi que les cloisonnements administratifs ou disciplinaires, représentent autant de gaspillages inacceptables. Alors qu’on ne laisse dormir aucune ressource économique ou financière, que les administrations et les entreprises resserrent impitoyablement leurs budgets et que, enfin, quelques grands principes écologistes font lentement leur chemin dans les esprits, poussant à refuser les dilapidations d’énergie et à recycler les matériaux, des sources précieuses de richesses demeurent gâchées sans compter : en particulier, des compétences humaines. Savez-vous combien de temps les agents de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) consacrent à recueillir des informations sur les compétences des personnes qui viennent s’y inscrire pour la première fois ? Dix minutes. Encore faut-il retrancher le temps consacré aux formalités administratives ! Ce simple petit détail permettrait de juger une société. Ajoutons que la plupart des entreprises ne reconnaissent pas les compétences individuelles de leurs salariés, qui ne sont appréhendées (quand elles le sont) qu’à partir de profils de postes ou de métiers définis a priori. Les individus deviennent donc (faussement) interchangeables. Soulignons enfin cette banalité : si les diplômes étaient de bons marqueurs de la compétence, la majorité de l’humanité et la majorité des Français « ne sauraient rien ». Outre son caractère statique, un des plus grands effets pervers du système des diplômes est d’autoriser, à l’égard des non-diplômés (largement majoritaires en nombre), des jugements sociaux sans appel d’exclusion de l’espace du savoir. L’intelligence collective est fondée, en premier lieu, sur un principe fort : chacun sait quelque chose. Il s’agit là d’un approfondissement du projet républicain de garantir l’accès de tous au savoir. Car ne parler que de l’accès maintient l’exclusion de principe de ceux qui sont victimes de l’échec scolaire. Émancipateur au XIXe siècle, ce slogan entérine aujourd’hui le monopole de la validation officielle des connaissances. Il fait surtout le jeu des « marchands de savoir » qui se mettent sur les rangs du multimédia et des « autoroutes de l’information ». Ceux-là peuvent toujours prétendre qu’ils offrent un meilleur accès, plus facile, plus libre, plus ludique, et s’engouffrer ainsi dans les failles des services publics d’éducation. Avant de promettre l’accès, le projet de l’intelligence collective veut donc promouvoir dans les écoles, dans les quartiers, dans les entreprises, la reconnaissance des compétences et des savoirs déjà acquis. Au cercle vicieux de la disqualification, elle oppose une dynamique de l’expression, de l’écoute et de la requalification. Accès de tous au savoir de tous MAIS si chacun sait quelque chose, nul ne sait tout. L’activité inlassable du Mouvement des réseaux d’échange des savoirs, à laquelle ont participé des dizaines de milliers de personnes dans les quartiers, les écoles et les entreprises depuis plus de dix ans en France, illustre magnifiquement l’éthique et la pratique de l’apprentissage coopératif. Accès au savoir, oui, mais conçu comme accès de tous au savoir de tous : de l’échange des savoirs comme nouvelle forme du lien social. Chaque être humain est, pour les autres, une source de connaissances. « Tu as d’autant plus à m’apprendre que tu m’es étranger. » L’intelligence collective n’est donc pas la fusion des intelligences individuelles dans une sorte de magma communautaire mais, au contraire, la mise en valeur et la relance mutuelle des singularités. Actuellement, non seulement les structures sociales organisent souvent l’ignorance sur les capacités des individus, mais elles bloquent les synergies transversales entre projets, ressources et compétences, elles inhibent les coopérations. Pourtant, la multiplication des intelligences les unes par les autres est la clef du succès économique, à l’échelle aussi bien des régions que des entreprises. Ce serait également une des voies du renouveau de la démocratie. Une société « intelligente partout » sera toujours plus efficace et vigoureuse qu’une société intelligemment dirigée, et cela à l’échelle aussi bien d’une nation que d’une entreprise. Toutefois, si les individus sont tous intelligents à leur manière, les groupes déçoivent souvent. On sait que, dans une foule, les intelligences des personnes, loin de s’additionner, auraient plutôt tendance à se diviser. La bureaucratie assure une certaine coordination, mais au prix de l’étouffement des initiatives. Sans doute de bonnes règles d’organisation et d’écoute mutuelle suffisent-elles à la valorisation réciproque des intelligences dans les petits groupes. Mais, au-delà du millier, la planification hiérarchique et la gestion de l’humain par catégories massives a longtemps semblé inévitable. Or les techniques de communication contemporaines pourraient changer la donne. L’interconnexion des ordinateurs peut être un instrument au service de l’intelligence collective. En effet, le « cyberespace » en voie de constitution autorise une communication non médiatique à grande échelle. Comme on le sait, les médias classiques (relation un-tous) instaurent une séparation nette entre centres émetteurs et récepteurs passifs isolés les uns des autres. Le téléphone (relation un-un) autorise une communication réciproque, mais ne permet pas de vision globale de ce qui se passe sur l’ensemble du réseau ni la construction d’un contexte commun. On approche d’une infrastructure pour l’intelligence collective grâce à un troisième dispositif de communication, structuré par une relation tous-tous. Dans le « cyberespace », chacun est potentiellement émetteur et récepteur dans un espace qualitativement différencié, non figé, aménagé par les participants, explorable. Ici, on ne rencontre pas les gens principalement par leur nom, leur position géographique ou sociale, mais selon des centres d’intérêt, sur un paysage commun du sens ou du savoir. Il en est ainsi, par exemple, dans le réseau de réseaux Internet, ou dans certaines organisations grâce à des logiciels pour le travail et l’apprentissage coopératif. Le « cyberespace » manifeste des propriétés neuves, qui en font un instrument de coordination non hiérarchique, de mise en synergie rapide des intelligences, d’échange de connaissances et de navigation dans les savoirs (1). Son extension s’accompagne d’une rupture de civilisation rapide, profonde et irréversible. Mais le sens de cette rupture n’est ni garanti ni univoque. Pourquoi ne pas saisir ce moment rare ou s’annonce une culture nouvelle pour orienter délibérément l’évolution en cours ? A raisonner en termes d’impact, on se condamne à subir. La technique propose, mais le citoyen dispose. Cessons de diaboliser le virtuel (comme si c’était le contraire du réel !). Le choix n’est pas entre la nostalgie d’un réel daté et un virtuel menaçant ou excitant, mais entre différentes conceptions du virtuel. L’alternative est simple. Ou bien le « cyberespace » reproduira le médiatique, le spectaculaire, la consommation d’informations marchandes et l’exclusion à une échelle encore plus gigantesque. C’est, en gros, la pente naturelle des « autoroutes de l’information ». Ou bien nous nous mobilisons en faveur d’un projet de civilisation centré sur l’intelligence collective : recréation du lien social par les échanges de savoir, reconnaissance, écoute et valorisation des singularités, démocratie plus ouverte, plus directe, plus participative. Les Arbres de connaissances (2) sont une illustration pratique de ce projet. Il s’agit d’une méthode informatisée pour la gestion globale des compétences dans les établissements d’enseignement, les entreprises, les bassins d’emploi, les collectivités locales et les associations. Elle est expérimentée sur plusieurs terrains en Europe et particulièrement en France (grandes entreprises, PME, universités, organismes de logements sociaux, etc.). Grâce à cette approche, chaque membre d’une communauté peut faire reconnaître la diversité de ses compétences, même celles qui ne sont pas validées par les systèmes scolaire et universitaire classiques. Poussant à partir des autodescriptions des personnes, l’arbre des connaissances rend visible la multiplicité organisée des compétences disponibles dans une communauté. Lisible sur écran, cette carte dynamique des savoir-faire d’un groupe ne résulte pas d’une quelconque classification a priori des savoirs : elle est l’expression, évoluant en temps réel, des parcours d’apprentissage et d’expérience des membres de la collectivité. Des messageries électroniques adressées par la connaissance mettent en relation l’ensemble des offres et des demandes de savoir-faire au sein de la communauté, signalent les disponibilités de formations et d’échange pour chaque compétence élémentaire. Il s’agit donc d’un instrument au service du lien social par l’échange des savoirs et l’emploi des compétences. Toutes les transactions et interrogations enregistrées par le dispositif contribuent à déterminer en permanence la valeur (toujours contextuelle) des compétences élémentaires en fonction de différents critères économiques, pédagogiques et sociaux. Cette évaluation continue par l’usage est un mécanisme essentiel d’autorégulation. A l’échelon d’une localité, le système des arbres de compétences peut contribuer à lutter contre l’exclusion et le chômage en reconnaissant les savoir-faire de ceux qui n’ont aucun diplôme, en favorisant une meilleure adaptation de la formation à l’emploi, en stimulant un véritable « marché de la compétence ». Au niveau de réseaux d’écoles et d’universités, le système permet de mettre en oeuvre une pédagogie coopérative décloisonnée et personnalisée. Dans une organisation, les arbres de connaissances offrent des instruments de repérage et de mobilisation des savoir-faire, d’évaluation des formations, ainsi qu’une vision stratégique des évolutions et des besoins de compétences. Dans tous les cas, les individus gagnent une meilleure appréhension de leur situation dans l’espace du savoir des communautés auxquelles ils participent et peuvent élaborer en connaissance de cause leurs propres stratégies d’apprentissage. Tant il est vrai que l’intelligence collective, projet humaniste, ne peut être qu’au service ultime des citoyens.

Pierre Lévy.
Commentaire de Sylvie le 20 novembre 2009 à 13:59

Pierre Lévy  - Blog  https://pierrelevyblog.com/

Pierre Lévy - Scoop.it  http://www.scoop.it/u/pierre-levy


Pierre Lévy - Twitter  http://twitter.com/plevy


Commentaire de Crale le 20 novembre 2009 à 13:41

Pierre Lévy, Inteligencia colectiva, por una antropología del ciberespacio - On line


Une intelligence collective est-elle en train de naître ?

Émission Science publique de Michel Alberganti du vendredi 1er juin 2007 sur France-Culture.

"Le développement des réseaux informatique a, dès 1994, conduit Pierre Lévy à discerner la possibilité d'exploiter une intelligence collective. L'explosion d'Internet, qui rassemble aujourd'hui plus d'un milliard d'individus répartis sur l'ensemble de la planète semble lui donner raison. L'apparition d'une encyclopédie comme Wikipédia résulte d'une mise en commun des contributions de chaque internaute. Face à l'enthousiasme de Pierre Lévy, d'autres penseurs, comme Alain Finkielkraut, sont beaucoup moins confiants dans le potentiel d'Internet. Ils y voient plus un lieu d'anarchie, de chaos et d'immédiateté suspecte que le creuset d'un nouveau savoir planétaire. Les deux philosophes confrontent leurs points de vue dans Science Publique au moment où Internet est largement investi par le commerce électronique."
Source: ZUM - Agora 2008
http://z-u-m.net/agora/ressources/?p=34


« Il y avait l’autorité du prêtre, il y avait l’autorité du maître, il y avait l’autorité de l’auteur : tous ces surmois sont engloutis dans le grand pêle-mêle numérique. »
C'est assez vrai, mais est-ce une mauvaise ou une bonne chose, Monsieur Finkielkraut ?
Ecouter Pierre Lévy (philosophe et professeur à l'université d'Otawa)
et Alain Finkielkraut (philosophe et professeur à l'école Polytechnique)débattre sur le thème :

Une intelligence collective est-elle en train de naître ?
http://www.youtube.com/user/JimOnTheAir#p/c/82D09F615BCFBDFE/1/VFWT...

Source: http://www.paperblog.fr/2406261/alain-finkielkraut/

Mais les outils ne sont pas seulement des mémoires, ce sont également des machines à percevoir qui peuvent fonctionner à trois niveaux différents : direct, indirect et métaphorique. Directement, les lunettes, microscopes, télescopes, rayons X, téléphones, appareils photo, caméras, télévisions, téléphones, etc., étendent la portée et transforment la nature de nos perceptions. Indirectement, les voitures, les avions ou les réseaux d'ordinateurs (par exemple) modifient profondément notre rapport au monde, et en particulier nos relations à l'espace et au temps, de telle sorte qu'il devient impossible de décider s'ils transforment le monde humain ou notre manière de le percevoir. Enfin, les instruments et artefacts matériels nous offrent quantité de modèles concrets, socialement partagés, à partir desquels nous pouvons appréhender, par métaphore, des phénomènes ou des problèmes plus abstraits. Ainsi, Aristote réfléchissait sur la causalité à partir de l'exemple du potier, les gens du XVIIe siècle se représentaient le corps comme une sorte de mécanisme et nous construisons aujourd'hui des modèles computationnels de la cognition. Les artefacts font participer l'immense labeur des hommes et leur intelligence longue à notre perception du monde, ici et maintenant.
http://flenet.unileon.es/theor1.htm#Levy

Visioconférence P. Lévy: Mémoire collective et développement humain
RUSSTIC Rencontres Universitaires autour des sujest sociétaux concernant les TIC: L'intelligence collective    http://canalc2.u-strasbg.fr/video.asp?idvideo=7065

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