Campus FLE Education

Langues - Communication - Ressources - Projets - Web 2.0

L'un des concepts clé de la METHODE VERBO-TONALE (MVT) est celui de la surdité phonologique en L2.


Il repose sur un constat fait par Polivanov en 1931 (pp.79-80): "Les phonèmes et les autres représentations phonologiques élémentaires de notre langue maternelle (...) se trouvent si étroitement liés avec notre activité perceptive que même en percevant des mots (ou phrases) d'une langue avec un autre système phonologique tout différent, nous sommes enclins à décomposer ces mots en des représentations phonologiques propres à notre langue maternelle. En entendant un mot inconnu étranger, nous tâchons d'y retrouver un complexe de nos représentations phonologiques, de le décomposer en des phonèmes propres à notre langue maternelle, et même en conformité de nos lois de groupements des phonèmes. Ce faisant, les divergences entre la perception et la représentation phonologique d'un mot donné dans la langue du sujet parlant, peuvent s'entendre non seulement à la caractéristique qualitative des représentations phonologiques (phonèmes, etc. ) isolées, mais au nombre même des phonèmes contenus dans un complexe (un mot, etc.) donné".


Cela signifie que si un homme entend parler une autre langue, il emploie involontairement pour l'analyse de ce qu'il entend le crible phonologique de sa langue maternelle qui lui est familier. Ainsi, un hispanophone parlant français aura tendance à prononcer /u/ (présent dans son crible phonologique) au lieu de /y/ (absent de son crible). L'hispanophone n'entend pas le /y/ français et le raccroche à ce qui est présent dans son crible, à savoir le /u/.


Néanmoins, quelques recherches récentes, engagées par l'université Toulouse II, révèlent qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de surdité phonologique. L'homme serait en mesure d'entendre quelque chose de différent mais serait dans l'incapacité de le prononcer (thèse de Margarita Munoz, en cours). Les anciennes recherches articulatoires intéressent alors à nouveau les chercheurs. Une autre piste innovante voit également le jour. Il s'agit d'observer le fonctionnement cognitif du locuteur et de mesurer l'impact des stratégies perceptives dans la traitement de la parole. Nous pourrions supposer que le locuteur étranger serait dans l'incapacité cognitive de prononcer correctement la langue étrangère. Les recherches de Cynthia Magnen amènent à prolonger notre réflexion sur le sujet... à lire!


"Approche dynamique de la perception de la parole : catégorisation de la substance et de la variabilité phonétique en langue maternelle par les francophones et en langue étrangère par les hispanophones" Cynthia Magnen Université Toulouse II

Résumé : Nos travaux de thèse ont porté sur la perception de la parole, et plus particulièrement sur les processus de catégorisation en langue maternelle (LM : français) et langue étrangère (LE : français par des hispanophones). Notre objectif a consisté à proposer un protocole qui permette d’observer les stratégies perceptives élaborées par les auditeurs pour le traitement d’une des caractéristiques principales de la parole, à savoir la variabilité. Les Tests de Catégorisation Libre que nous avons utilisés pour réaliser cette étude sont en cela « originaux » qu’ils permettent d’observer la perception des catégories phonémiques /i/, /y/ et /u/ en contexte phrastique et à partir de critères définis exclusivement par les auditeurs. La méthodologie employée s’appuie sur les théories actuelles de catégorisation prototypique qui suggèrent que les régularités que nous percevons dans le monde environnant découlent de l’expérience que nous en avons et de son « traitement » en tant que catégories. Ces catégories ne seraient pas figées mais au contraire fortement instables car adaptatives aux changements contextuels et aux diverses finalités de nos activités. Les résultats que nous avons obtenus vont dans ce sens puisqu’ils montrent que selon les tâches proposées aux auditeurs, les francophones montrent des comportements similaires aux hispanophones. Ils mettent également en évidence des manifestations diverses de la perception puisqu’il existerait des stratégies d’écoute globale et d’autres plus analytiques dans lesquelles les auditeurs en langue maternelle et en langue étrangère seraient capables de percevoir des détails phonétiques très fins. Ces résultats peuvent être rapprochés des études actuelles sur les modèles à exemplaires qui supposent que le lexique mental de l’auditeur soit composé de différentes représentations phonétiques d’un même mot, lesquelles seraient assujetties au contexte.

PISTES ET BIBLIOGRAPHIES

Magnen, C., Billières, M., Gaillard, P. (2005). Surdité phonologique et catégorisation. Perception des voyelles françaises par les hispanophones. Revue PArole(33), 9-30.
http://w3.octogone.univ-tlse2.fr/web/spip.php?action=acceder_docume...

Magnen, C. (2009) Approche dynamique de la perception de la parole : catégorisation de la substance et de la variabilité phonétique par des francophones en langue maternelle et des hispanophones en langue étrangère - Thèse Université de Toulouse

Publications Cynthia Magnen - Université Paul Valéry - Montpellier 3 / Université de Toulouse
http://w3.octogone.univ-tlse2.fr/web/spip.php?article102

Publications Michel Billières - Université de Toulouse ; UTM ; Octogone-Lordat
http://w3.octogone.univ-tlse2.fr/web/spip.php?article20

Guberina, P. (1965) La méthode audio-visuelle structuro-globale, Revue de Phonétique Appliquée, nº 1, Mons.
Renard, R. (1971) Introduction à la méthode verbo-tonale de correction phonétique, Didier, Paris.

BIBLIOGRAPHIES : Phonétique - Apprentissage / Enseignement de la Prononciation

http://www3.unileon.es/dp/dfm/flenet/phon/phoncours3.html#bibliogra...

Vues : 1503

Balises : phonologie, phonétique

Commenter

Vous devez être membre de Campus FLE Education pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Campus FLE Education

Commentaire de Bea Anoux le 16 novembre 2010 à 12:46
Je crois que les propos suivants de P. Rivenc sont bien révélateurs de oubli de l'enseignement de la prononciation, et de "cette représentation péjorative de l'expression orale et des langages parlés"



RIVENC, P. Apprentissage d'une langue étrangère seconde: La méthodologie
Cliquez sur le lien suivant: Google books

RIVENC, P. (2000) Aider à apprendre à communiquer en langue étrangère, CIPA, Mons
RIVENC, P. (2005) Les auteurs du Français Fondamental face à un objet nouveau et insolite: l’interaction orale. Communication au Colloque Français Fondamental, corpus oraux, contenus d'enseignement 50 ans de travaux et d'enjeux. Lyon 8-10 décembre 2005. Consulté en octobre 2007:
http://pagesperso-orange.fr/methodologis/sgav5/sgav5/documents/rivenc_histoire_sgav.doc
Paul Rivenc - Bibliographie - Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Rivenc
Commentaire de Monica le 10 novembre 2010 à 12:46
Un texte élaboré à partir de sources non citées:

Interférences phonétiques et phonologiques lors de l’apprentissage ...

Lors de l’apprentissage d’une nouvelle langue, l’apprenant est sourd à certains sons et phonèmes de la langue cible ( langue étrangère). En effet, les sons et/ou phonèmes sont filtrés par un crible phonologique. Selon TROUBETZKOY, le crible phonologique, ou système d’écoute contrôlé par le système phonologique de la langue maternelle perturbe l’identification et l’articulation des sons d’une langue étrangère. Le crible phonologique est une sorte de filtre.

1. INTERFERENCES

Lors de l’apprentissage d’une langue étrangère, les deux systèmes phonologiques de la langue cible et de la langue source s’interférent. Un apprenant va avoir tendance à rapprocher les sons de la langue cible (langue étrangère) du système phonologique de sa langue source (langue maternelle).
Par conséquent, un son qui est méconnu par un apprenant, celui-ci aura tendance à avoir une prononciation déviante et à le remplacer par un phonème de sa langue qui aura un son proche.
Par exemple, les hispanophones et lusophones vont remplacer / y / par un phonème proche / u / car / y / n’existe pas dans le système phonologique. Les sinophones comme les égyptiens vont interférer le phonème / p / et le phonème / b / car / p / n’existe pas dans le système phonologique de leur langue. Les nasales comme /ã/ (an) et /õ/ (on) sont difficiles à acquérir car ce sont des phonèmes spécifiques au français, ainsi ces phonèmes interférent avec d’autres phonèmes . Par exemple, le /ã / interfère avec le /a/ , le / õ / interfère avec /o/
Ainsi, les interférences se produisent lorsqu’un son ou phonème de la langue cible est méconnu et de ce fait il est rapproché du son le plus proche existant dans le système phonologique de la langue source.

Les interférences peuvent se produire également lorsque le son existe déjà dans la langue source mais ce son n’a pas la même valeur phonologique. En effet, dans certains systèmes phonologiques, on trouve des allophones. Un allophone est l’une des réalisations sonores possibles d’un phonème. Au sein d’une même langue, les allophones ne constituent pas des unités pertinentes que le système de la paire minimale permettrait d’opposer. Par exemple, si un locuteur français roule les /r/, son interlocuteur interprétera ses énoncés de la même façon que s’il ne les roule pas car le /r/ roulé en phonétique et le /r/ non roulé constituent des allophones d’un phonème unique identifié qui est le /R/.

Ainsi, pour certains locuteurs, un phonème donné d’une langue cible sera non discriminant, non pertinent, car pour eux ce phonème sera un allophone, donc une variété de sons d’un phonème. Prenons l‘exemple des hispanophones, ils ne font pas de distinctions entre le / b/ et le /v/ car ce sont des allophones en espagnol, donc ces deux sons ne sont pas discriminants dans la langue source alors que dans certaines langues comme en français par exemple, le /b/ et le /v/ sont des phonèmes, donc ils se discriminent. En effet, si un locuteur remplace le /b/ par le /v/ dans un mot, ceci change le sens des mots. Par exemple, en français « bain » et « vin ». Ainsi, ces interférences peuvent entraîner des incompréhensions à l’oral comme à l’écrit.


2. REMEDIATIONS :

DIFFERENTES METHODES DE CORRECTION PHONETIQUE

Les problèmes d’ordre phonétique et phonémique peuvent être remédiés de différentes manières. En effet, différentes méthodes de correction phonétique existent et sont complémentaires.

-La méthode articulatoire

En tenant compte de la position et de la forme de tous les organes articulatoires , on propose à l’apprenant d´émettre des sons à partir du fonctionnement correct de l’appareil phonatoire. Par exemple, on propose l’arrondissement des lèvres pour la prononciation de certaines voyelles; ou de faire vibrer les cordes vocales pour certaines consonnes.

-La méthode comparatiste

En tenant compte des similitudes entre deux systèmes phonologiques, (le français et l’espagnol par exemple), on se servira des sons communs ou proches pour favoriser ou corriger certaines articulations. Par exemple le [z] du français, à partir des mots espagnols comme “mismo” “rasgo”, etc.

-La méthode des oppositions phonologiques

On propose des exercices d’ opposition entre deux ou plusieurs phonèmes. Les apprenants écoutent et répètent des listes de mots où le changement d’un seul son apporte un changement de sens. Par exemple, le / les; basse/ base; bon/ vont…. Appelés aussi paire minimale.

- La correction basée sur l’audition de modèles:

Avec l’utilisation du magnétophone ou du laboratoire de langues, les apprenants écoutent et répètent des mots, phrases ou textes enregistrés.

Source: Méthodes de correction phonétique
http://www3.unileon.es/dp/dfm/flenet/phon/phoncours3.html
Commentaire de Sylvie le 9 novembre 2010 à 11:04
Quelques extraits de l'article:

BILLIÈRES, M., GAILLARD, P., MAGNEN, C. (2006) Étude expérimentale de la progression phonétique et des stratégies d'acquisition d'un hispanophone en français; in Campa et al. (Eds.) Les deuxièmes langues étrangères dans le système éducatif: du primaire à l'université. Repères & Applications (V). Bellaterra; Institut de Ciències de l'Educació, Universitat Autònoma de Barcelona. CD-ROM.
http://w3.octogone.univ-tlse2.fr/web/spip.php?action=acceder_docume...

Notons cependant que la matière phonétique est certainement le domaine de l’enseignement d’une langue étrangère le plus difficile à formaliser et à coucher sur papier. (p.3)

Instruments du professeur en phonétique corrective:

- La méthode articulatoire

- La méthode verbo-tonale d’intégration phonétique (MVT)

La MVT est fondée sur le principe qu’un individu reproduit mal les sonorités d’une langue étrangère car il les perçoit mal au départ en raison des habitudes sélectives du système d’écoute prises pendant l’acquisition de la langue maternelle. Il est phonologiquement sourd aux sonorités de l’autre idiome. Partant, il faut rééduquer son oreille, ce qui aura comme conséquence une meilleure perception et donc une production améliorée des sonorités de la langue étudiée. La MVT utilise un certain nombre de procédés pour éradiquer une erreur portant sur un son particulier6 . Cette méthode constitue un outil puissant pour agir sur a surdité phonologique des apprenants en langue étrangère car elle permet d’obtenir rapidement des résultats chez une majorité d’élèves. p.4

...en tenant compte des procédés de remédiationde la MVT :

a) influence de la prosodie – intonation descendante vs montante ; syllabe accentuée vs atone - ;
b) entourages « facilitants » influençant le timbre vocalique et la tension consonantique ;
c) prononciation « nuancée » pour le timbre vocalique et la tension consonantique ;
d) recours éventuel à la gestualité.
Commentaire de Zhying le 7 novembre 2010 à 13:12
Bonjour Julie,

Merci pour ton message,
car ainsi je peux être au courant
des dernières recherches et nouvelles dans l'enseignement de la Prononciation
et les théories phonétiques.

A bientôt

Zhy

Photos

Chargement en cours…

© 2014   Créé par Campus FLE.

Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation